Citation de Friedrich Nietzsche

Publié le par Nicolas Urvoy

« « Je suis corps et âme », voilà ce que dit l'enfant. Et pourquoi ne devrait-on pas parler comme les enfants ?

   Mais celui qui est éveillé, celui qui sait, dit : « Je suis corps de part en part, et rien hors cela ; et l'âme ce n'est qu'un mot pour quelque chose qui appartient au corps. »

   Le corps est raison, une grande raison, une multiplicité qui a un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger.

   Ta petite raison, elle aussi, mon frère, que tu appelles

« esprit » est un outil de ton corps, un petit outil, un petit jouet de ta grande raison.

   « Moi », dis-tu, et tu es fier de ce mot. Mais ce qui est bien plus grand, en quoi tu ne veux pas croire — ton corps et sa grande raison : il ne dit pas « moi » mais il le fait.

   Ce que le sens perçoit, ce que l'esprit reconnaît, n'a jamais de fin en soi. Mais le sens et l'esprit aimeraient se convaincre qu'ils sont la fin de toute chose : telle est leur fatuité.

   Sens et esprit ne sont qu'outils et jouets : derrière eux il y a encore le soi. Le soi cherche aussi avec les yeux des sens, il écoute avec les oreilles de l'esprit.

   Toujours le soi écoute et cherche : il compare, soumet, conquiert, détruit. Il règne et il est aussi le maître qui règne sur l'esprit.

   Derrière tes pensées et ses sentiments, mon frères, se tient un maître impérieux, un sage inconnu — il s'appelle soi. Il habite ton corps, il est ton corps. »

 

Extrait d'Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche

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