Poème de Robert Sabatier

Publié le par Nicolas Urvoy

Le Peuple jardinier

 

 

Dans ce printemps nomade où les fleurs vont et viennent,

Mon frère le lilas répond à mes énigmes

En grappes de couleurs, trilles de rossignol,

Caresses de l’air tendre ébloui de parfums.

 

Dans ce printemps céleste où le ciel et la terre

Ne forment plus qu’un mot, celui d’éternité,

Le passant se soumet à ses métamorphoses.

Il sait que le mourir n’est qu’un étroit passage

De la fleur à la roche et de l’herbe aux racines.

 

Dans ce printemps-naissance où les présents abondent

Par un fertile oubli de soi-même pour vivre

En la communauté de la ruche univers,

L’angoisse n’a pas prise, il n’est de solitude,

La chaîne des instants fleurit dans la glycine.

 

Dans ce printemps fertile en avalanche d’ombre,

Toute rose évidente en lumière se fond,

Une lumière exquise où brillent des insectes

Comme des chants jaillis de la fleur elle-même.

 

Dans ce printemps qui parle à l’homme son langage

Oublié dans l’histoire, il nous faut plus d’oreilles

Que de pétales d’or parsemant les jardins.

Si la félicité un instant nous habite,

Nous en serons les nids, nous en suivrons les rites

Et nous irons unis comme la branche à l’arbre.

 

Le peuple jardinier de l’avenir du monde

Prendra-t-il pour modèle une splendeur multiple ?

O mon printemps nomade à jamais sans exil,

Offre-nous ce modèle et nous serons abeilles

En mille mots d’azur aveuglant le soleil.

 

Poème tiré du recueil L’oiseau de demain,

de Robert Sabatier

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